lundi 21 mai 2007

Mais où sont donc passés les ouvriers ?

Etude 015 a

Novembre 2006 Mais où sont donc passés les ouvriers ?

1) Introduction :

Pendant pratiquement ces 2 derniers siècles la société a été composée de Patrons, Artisans, Commerçants, Banquiers, Bourgeois vivant de rentes, Professions libérales et….d’Ouvriers

Précédemment, sous la Royauté, il y avait la Noblesse (petite et grande), le Clergé et le bas peuple (serfs) sous la domination des Seigneurs dont ils étaient les sujets et auxquels ils devaient, les corvées, la dîme, la gabelle, etc.

On ne parlait évidemment pas de lutte des classes car, malgré parfois quelques « Jacqueries », les choses étaient ainsi depuis des siècles et à part quelques « Esprits éclairés » qui avaient conscience de cet état de faits rien ne venait troubler cet équilibre séculaire…De surcroît, la plupart des pays, dont la France, vivaient surtout de l’agriculture sur des parcelles à l’échelle humaine exploitées au niveau familial au profit majoritairement des Seigneurs locaux…

2) Notion de Classes sociales :

Ce n’est guère que depuis la Révolution bourgeoise de 1789 mais surtout avec la 1ère révolution industrielle, sous le Second Empire, que la notion de classes sociales est apparue à partir des réflexions menées par des intellectuels et philosophes Français et étrangers (Anglais, Allemands, Russes, etc.) du fait du développement de nouveaux métiers exercés dans des complexes industriels de plus en plus conséquents (sidérurgie, mines, manufactures) et d’exploitations agricoles couvrant de plus grandes surfaces.

Cette situation conduisit à une bipolarisation des partenariats sociaux (Patrons et Salariés) dont les intérêts étaient totalement opposés…

A noter que les intellectuels qui étudièrent ces questions arrivèrent bien évidemment à des conclusions divergentes selon qu’ils prônaient un système générant un maximum de profit financier et de pouvoirs pour le Patronat ou qu’ils s’opposaient à l’exploitation maximale des Salariés au nom de ce profit reposant sur l’exploitation du travail des Ouvriers…

Citons Adam Smith puis Keynes pour la promotion d’un système de type capitaliste, et Karl Marx puis Jaurès pour la promotion d’un système socialiste, entre autres.

Nous reviendrons brièvement sur les théories de ces intellectuels et philosophes…

Bien évidemment les systèmes économiques en place tant sous la Royauté, l’Empire et même sous les Républiques étaient de nature capitaliste et leur fonctionnement reposait, en simplifiant à l’extrême, sur le profit et le pouvoir pour les uns et le salariat pour les autres. Il n’existait pratiquement pas de classes moyennes sauf peut-être en ce qui concernait quelques professions libérales (Médecins, Avocats, Architectes, Banquiers) et les hauts fonctionnaires aux statuts particuliers (Juges, Militaires de haut rang, etc.).

Le système était pratiquement verrouillé et il n’était pas question, sauf cas exceptionnels, de changer de statut social spécialement pour les salariés et particulièrement les Ouvriers. Bien sûr, le fonctionnement d’un complexe industriel nécessitait un « encadrement » plus ou moins servile et les Ingénieurs, pour la plupart issus de la bourgeoisie, assuraient par délégation une partie du pouvoir que le Patronat leur avait confié…( Zola décrit parfaitement cette situation en particulier dans Germinal ).

Karl Marx considérait que les Ingénieurs ne pouvaient appartenir à la classe ouvrière du fait de leurs liens acceptés de subordination au Patronat. Comme nous le verrons en examinant la situation d’après la seconde révolution industrielle : celle de l’Informatique, du Nucléaire, de l’Aéronautique et de l’Astronautique une nouvelle catégorie de salariés dont le niveau de connaissances techniques et scientifiques est relativement élevé a rejoint la masse des autres salariés et sont soumis aux mêmes règles de subordination malgré un salaire supérieur de l’ordre de 3 à celui des « ouvriers qualifiés » et quelques menus avantages qui, de toutes façons, ne les font pas entrer dans le cercle bien fermé du Patronat dont les profits pécuniaires et les pouvoirs sont sans commune mesure…C’est le cas des Agents Techniques, des Contremaitres, de la majorité des Ingénieurs voire des Chefs de Service et des Directeurs, des Cadres en général…

De surcroît, il faut considérer que la notion de Patronat a terriblement évoluée du fait de la nouvelle forme des entreprises, qu’elles soient de caractère industriel ou de service, et qu’on ne peut pratiquement plus parler de « Patron » en tant qu’individu car on affaire à des Sociétés constituées d’actionnaires plus ou moins anonymes et qui sont parfois d’autres Sociétés ou des groupes financiers nationaux ou étrangers…

3) Question de terminologie :

Comme on vient de le voir les mots ont changé au fils des ans et le langage de Jaurès ou de Marx qui parlaient de « Patronat » et de « Prolétaires » est pratiquement hors de l’usage courant à présent : hormis les Patrons qui n’ont pas honte de leur appellation combien de Salariés se reconnaissent dans l’appellation d’Ouvriers et surtout de Prolétaires ? Et pourtant...

Lorsque l’on questionne un salarié sur sa profession il est rare qu’il vous réponde: « je suis un ouvrier » et encore moins « je suis un prolétaire ».

Cependant comme je crois l’avoir rappelé plus haut il n’y a que 2 classes sociales si l’on exclut les professions libérales et du spectacle voire du sport professionnel qui ne représente qu’une minorité d’intervenants sociaux bien que ceux-ci investissent souvent leur revenus dans des opérations financières dont ils ignorent la vraie finalité…

Ouvriers, Techniciens, Agents de maitrise, Employés de bureau, Ingénieurs, Cadres sont, que cela fasse plaisir ou non, des Prolétaires car selon la définition de Marx : « est Prolétaire celui qui n’a que son travail à vendre ».

D’ailleurs, le Président Pompidou (inféodé à la banque Rothschild) ne s’y est pas trompé lorsqu’il a supprimé le payement à l’heure des ouvriers en disant : « En France il n’y aura plus d’ouvriers car j’ai décidé que, dorénavant, tous les salaires seront mensualisés ». Belle démagogie !

Et puis n’avez-vous pas remarqué qu’on ne dit plus « balayeur » mais « Technicien de surface », ni « secrétaire » mais « Assistante de direction », ni « instituteur » mais « Professeur des écoles », etc.?

Bien sûr, me direz vous la technicité et le niveau d’instruction se sont élevés au fil des années mais le système économique de caractère capitaliste est resté le même dans son principe avec un rapport de force toujours favorable au Patronat et aux financiers qui sont derrière, et pour utiliser une formule qui avait cours dans certains milieux à une époque : « l’exploitation de l’homme par l’homme » et qui est toujours d’actualité…

4) Quelques références :

Il est bien évident, comme rappelé ci-dessus, que la notion de classes sociales (et de ce qui en découle) est en premier lieu la conséquence des progrès techniques et technologiques mais aussi de la montée en puissance de la Bourgeoisie détentrice des moyens financiers requis face à une population nombreuse en quête de ressources pécuniaires pour assurer sa survie dans un monde où seule la monnaie est le passage obligé.

Bien sûr nos dirigeants actuels qui privatisent à qui mieux-mieux nos Sociétés Nationales font des envieux parmi la classe ouvrière qui achètent des actions croyant accéder à une promotion sociale qui les hissera au rang de « Patrons », c’est oublier l’exemple relativement récent de l’Eurotunnel qui a touché des milliers de petits porteurs un peu naïfs : on ne joue pas impunément à un jeu dont on ne connait pas toutes les règles et tous les arcanes…

Notre société de nature capitaliste ou libérale est en équilibre dynamique apparemment stable mais il suffit que le rapport de force entre le Patronat et la Classe Ouvrière s’inverse pour que la société change de nature et c’est le rôle des Syndicats ouvriers et des Partis Politiques…

Bien évidemment là on retrouve des variantes qui vont de la Social Démocratie au Collectivisme Communiste, les solutions « intermédiaires » proposées et parfois mises en application au cours des 2 derniers siècles tant en France qu’à l’étranger n’ont pas résisté à la pression des forces capitalistes unies aux banques…

Pour mémoire rappelons les Coopératives Ouvrières de production ou de commerce :

- Familistère de Godin,

- Verrerie d’Albi,

- Phalanstère de Fourrier,

- Usine collective d’Owen en Angleterre,

- Télémécanique à Nanterre,

- AOIP à Paris,

- les COOP, SCOOP et autres systèmes coopératifs, etc.

Et plus récemment l’association « Capital / Travail » de Charles De Gaule…

Face à ces solutions qui n’ont eu qu’une durée éphémère du fait qu’elles se trouvaient d’une part en concurrence avec un système plongeant ses racines dans un tissu totalement lié à la finance internationale et d’autre part, au manque de préparation de la Classe Ouvrière à se libérer des contraintes du cadre patronal on peut se demander s’il existe une formule « soft » pour changer de système économique et en particulier de créer une société sans classes antagonistes…

L’expérience Soviétique semble avoir trouvé ses limites, la Social Démocratie à la Suédoise n’a pas apporté les espoirs que certains avaient mis en elle, quant à l’Ultra Libéralisme des USA dont certains rêvent il a aggravé l’écart entre les classes sociales et fait peser sur le monde entier une menace impérialiste gravissime…

5) Conclusion :

Où est la solution idéale, nos philosophes actuels émettent tout un tas d’hypothèses plus ou moins utopiques en éludant d’un revers de main la solution de la « Société sans classe » dans laquelle un travailleur qu’il soit manuel ou intellectuel n’aura pas honte d’être un Ouvrier malgré le sens originel du mot c'est-à-dire capable de faire une ŒUVRE manuelle ou intellectuelle en s’inscrivant dans un projet social collectif dont l’Homme en tant qu’individu serait le dénominateur commun ?

Rlz

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