Février 2006 Où en est on de L'EUTHANASIE ?
ACT 05 b
1) Définition, Législation:
Le terme Euthanasie signifie au sens large « interrompre la vie avant son terme normal pour abréger des souffrances devenues insupportables ».
Jusqu’à une période récente la loi française interdisait par principe l'euthanasie qu'elle soit active ou passive c'est-à-dire que l'on ait recours à des moyens extérieurs pour provoquer la mort ou qu'on laisse le malade sans soins jusqu'à sa mort naturelle.
Malgré la loi il est bien connu que certains professionnels de santé (médecins, infirmières...) pratiquaient l'euthanasie par compassion avec les risques judiciaires que cela impliquait. De temps à autre les média relataient de tels événements mais, dans la plupart des cas, les tribunaux ne prononçaient seulement que des peines de principe.
Cependant des affaires récentes très médiatisées : Vincent Humbert dont sa mère et le Docteur Chaussoy ont abrégé les souffrances ainsi que la mise en accusation à Périgueux d’un autre médecin le Docteur Laurence Tramois et de son infirmière Chantal Chanel ont relancé le débat et mis les législateurs devant leurs responsabilités…Nous en parlerons dans quelques instants…
Il faut rappeler que par ailleurs, dans beaucoup de pays des gens militent également afin d'obtenir la dépénalisation de l'acte d'euthanasie comme cela existe déjà dans de rares pays tels que la Hollande et la Belgique, sous certaines conditions (avis concourant de plusieurs médecins entre autres). Mais il faut reconnaître que peu de pays ont atteint ce stade d'évolution de leur code pénal...
En France l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dont le Président d’Honneur est l'ancien Sénateur Henri Caillavet œuvre dans ce sens depuis plus de 25 ans.
On peut comprendre la réticence des législateurs devant une trop grande liberté en la matière quand on pense à des cas de demandes formulées auprès du corps médical par certains membres de famille couchés sur un testament et pressés d'hériter ou à tel autre voulant se débarrasser au plus tôt de son conjoint avec lequel il ne s'entend plus. Cependant, il est important de faire le distinguo entre la volonté écrite et réitérée d'euthanasie manifestée par un malade incurable en phase terminale et le cas d'un patient atteint par une maladie dont le pronostic à terme moyen ou plus long conduira à une perte de dignité et une déchéance physique, morale ou intellectuelle inacceptable de son point de vue compte tenu d'un contexte familial ou environnemental donné. Il y a là un cas particulier où le corps médical ne peut guère agir, même dans le cadre d'une dépénalisation officielle, car il y a une anticipation à priori incompatible avec la déontologie médicale (clause de conscience).
La solution à ce type de situation peut être le suicide mais là encore se pose le problème de l'assistance éventuelle par un tiers tombant sous le coup de la loi...
2) Motivations des demandes d'euthanasie:
Il est impossible de comptabiliser les cas d'euthanasies « décidés » par le corps médical sans une demande expresse du malade et ceux accomplis suite à la demande écrite, formelle et réitérée de l'intéressé. Du fait de l'état de la législation nous en sommes donc uniquement réduits à formuler des hypothèses sur les volontés des personnes concernées.
Cependant, une source d'information existe: il s'agit des « testaments de vie » ou « déclarations de volontés » rédigés par les membres des ADMD française et étrangères. En effet, ces Associations qui regroupent des milliers d'adhérents (environ 40.000 en France) demandent à ceux-ci de faire connaître à leur médecin leur volonté de ne pas prolonger inutilement leurs souffrances dans le cas de maladies incurables en pratiquant ce qu'on appelle « l'acharnement thérapeutique ».
Les souffrances peuvent être de plusieurs natures et non seulement physiques mais également morales, intellectuelles ou psychologiques.
Que penser des personnes touchées par la maladie d'Alzheimer qui ne souffrent pas forcément physiquement mais qui ont perdu tous repères extérieurs et qui deviennent incontinentes pendant des années sans parler des tétraplégiques totalement dépendants mais qui ont gardé leur lucidité et leurs facultés intellectuelles?
Peut-on imaginer quelle souffrance psychologique peut supporter un cadre supérieur ayant eu de grandes responsabilités pendant de nombreuses années et qui se retrouve à partir d'un certain âge, pas forcément avancé, dans un fauteuil roulant totalement dépendant y compris pour les besoins physiologiques les plus élémentaires?
On peut aussi évoquer le cas d'un professeur de mathématiques dont les facultés intellectuelles sont altérées à un point tel qu'il ne soit plus capable de faire une simple addition, quel sentiment pourra t'il avoir de lui-même s'il reste en partie conscient de sa déchéance?
On pourrait multiplier les exemples de situations où l'on est en droit de se demander si la vie vaut la peine d'être prolongée plus ou moins longtemps contre tout espoir de guérison et même de soulagement des souffrances de quelle que nature qu'elles soient.
3) La loi nouvelle dite Loi Léonetti :
Sous la pression des évènements tant à l’étranger qu’en France, dont les 2 cas cités ci-dessus qui ont été fortement médiatisés, y compris par l’ADMD, une prise de conscience s’est faite tant auprès des responsables politiques que des Comités d’éthique et un débat parlementaire a eu lieu sur l’opportunité de reconnaitre officiellement l’euthanasie en France. De ces débats plus ou moins passionnés il en est ressorti en mars 2005 une loi dite Loi Léonetti du nom d’un parlementaire médecin par ailleurs.
Cette loi qui est une avancée sensible dans la direction que l’ADMD préconise ne peut cependant nous satisfaire pleinement du fait qu’elle refuse, d’une part «le suicide assisté » et, d’autre part l’euthanasie active c'est-à-dire l’injection d’une substance létale à la demande formelle du malade ou de la personne de confiance désignée par écrit…
D’une façon un peu crue on peut dire que la Loi Léonetti, qui autorise l’arrêt de tout soin et de l’acharnement thérapeutique, « laisse mourir » (à la limite de faim et de soif) alors que l’ADMD demande de « donner la mort » lorsque tout espoir est perdu et que le malade l’a demandé.
4) Conclusion :
Bien évidemment selon ses conceptions philosophiques ou religieuses la réponse à la légalisation de l'euthanasie peut être différente et certains proposent comme moyen terme les soins palliatifs qui peuvent satisfaire une partie de l'opinion publique sans pour autant remettre fondamentalement en cause notre juridiction mais qui ne résout que partiellement et temporairement le problème des souffrances morale, intellectuelle et psychologique dans le cas des maladies invalidantes à court et moyen termes.
Pour ma part, attaché à des valeurs humanistes et de liberté individuelle, je pense avec l’ADMD que la décision d'interrompre sa vie au moment où celle-ci ne devient plus supportable pour une raison ou pour une autre fait partie d'une des rares libertés qu'il nous restent en une période où tout se décide par des conditionnements divers et bien sûr à l'insu de l'individu qui n'est plus un citoyen responsable au sens réel du terme...
Dans pratiquement tous les pays du monde « occidental » se développe un mouvement en faveur d'une évolution de la législation sur la fin de vie et l'on peut avancer sans risque de se tromper beaucoup que la plupart des Humanistes se trouvent engagés dans ce combat du 21ème siècle.
Roger Lutz
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